“l’enfant se confronte à lui-même et se construit“
Ne surchargez pas l’emploi du temps de vos enfants ! Les moments où ils n’ont rien à faire sont des instants où ils vont laisser vagabonder leurs pensées, rêver à des projets, développer leur imagination et leur créativité…
Diane a 2 ans et déjà un agenda : éveil sonore le mardi, baby gym et heure du conte le mercredi, atelier d’anglais le vendredi. Le soir, il n’est pas rare que ses parents l’installent devant l’ordinateur ou l’emmènent à un spectacle pour tout-petits.
“Je vois de plus en plus d’enfants aux emplois du temps incroyables. Dès 18 mois, ils font de l’éveil corporel ou musical, du cirque… Ces activités sont bien pensées, mais devraient se pratiquer à dose homéopathique. Ces enfants se sentiraient souvent mieux à jouer dans leur chambre.
Remplir leur emploi du temps reflète une angoisse d’adulte”, assure Fabienne Prince, éducatrice de jeunes enfants et formatrice à l’Ecole des Parents et des Educateurs (EPE) de l’Isère.
PRODUCTIVITE EXIGEE
Entendre son fils ou sa fille dire qu’il ou elle s’ennuie est vécu par nombre de parents comme une remise en cause. Ils interprètent cette plainte comme le signe qu’ils ne s’en occupent pas bien et sont très tôt demandeurs d’activités pour leurs enfants.
“A la halte-garderie, au jardin d’enfants, il faut leur faire faire des choses, les pousser à être productifs et à rendre un beau dessin à maman ou à papa”, note Fabienne Prince.
Ensuite, le temps libre après l’école (où la pression est forte) est encadré par des adultes, soumis à un règlement et souvent synonyme de performance et de compétition. L’apprentissage du foot, du tennis, de la danse, de l’équitation ou du piano se traduit par des entraînements, répétitions, auditions, matchs, concours et spectacles à préparer.
“Rassurés par les emplois du temps bien remplis, les parents pensent qu’initier leur bambin très tôt à la musique ou à la peinture, c’est lui donner plus de chances de réussir sa vie. Ils sont persuadés d’agir dans son intérêt”, remarque l’éducatrice, qui constate que la discipline à suivre et la production à fournir peuvent prendre le pas sur le plaisir.
ENFANTS EN SURCHARGE
Certains signaux révèlent la lassitude de jeunes en surcharge. “Nous voyons des enfants très fatigués, qui expriment leur ras-le-bol en traînant des pieds ou en oubliant leur sac de sport. Ils ont mal au ventre ou à la tête juste avant d’aller à la piscine. Ces ruses signifient qu’ils en ont assez”, explique-t-elle.
D’autres enfants s’échappent en se repliant sur eux-mêmes. Ils donnent l’impression d’être mous ou dans la lune. “On les dit paresseux. Ils se servent de cette paresse pour lutter contre la pression qui les entoure, se dégager de l’emprise des adultes. Ce sont des enfants à qui l’on n’a pas donné l’occasion de rêver”, souligne la professionnelle de la petite enfance.
Or, le temps libre les fait entrer dans un monde imaginaire, rêver, mais aussi se ressourcer après avoir emmagasiné tout ce qu’ils ont à apprendre par ailleurs.
UN TEMPS POUR CONSTRUIRE SA VIE
Confirmant cette approche, le psychiatre Patrick Lemoine, auteur de S’ennuyer, quel bonheur !, aux éditions Armand Colin (2008), distingue l’ennui pathologique de l’ennui créatif, indispensable selon lui pour grandir. “Quand vous construisez un bâtiment, explique-t-il, il y a toujours un délai de séchage à respecter avant qu’il soit terminé. L’ennui, chez les enfants, c’est un peu comme le séchage. Il est indispensable d’en passer par là si l’on veut penser, s’enrichir, développer sa créativité.”
Comme un miroir dans lequel se regarder en face, sans échappatoire, l’ennui serait un temps utile pour réfléchir à sa vie, à ce que l’on veut en faire, quel que soit son âge. “Dans ces moments très féconds, l’enfant se confronte à lui-même et se construit”, affirme-t-il, tout en admettant que certaines formes d’ennui sont sources de souffrance. “Un enfant qui a les yeux dans le vague se sent abandonné. On ne va pas l’aider à s’ennuyer, mais essayer de voir avec lui ce qui ne va pas”, reconnaît cet adepte de l’ennui.
Fabienne Prince, elle, se souvient d’une maman qui ne pouvait pas s’occuper de ses enfants comme elle
l’aurait souhaité durant la semaine. Le week-end, elle multipliait les sorties et loisirs avec eux, jusqu’au jour où elle leur a demandé ce qu’ils voulaient faire. A sa grande surprise, ils ont répondu : “Une journée pyjama”, pour le plaisir de ne rien faire et de rester chez eux, avec leurs parents, un dimanche entier.

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Ce billet a simplement répondu à mes attentes. Je n’avais pas du tout cette façon de voir ce problème, j’ai la sensation que je vais améliorer mon ouverture d’esprit. super!